Enquête sur le  rôle des TIC dans le développement agricole et rural (DAR) au Mali

Evolution des systèmes agricoles des jeunes maliens et politiques de mondialisation avec les cas des TIC.

L’histoire du Mali, de  la traite des Noirs à la colonisation a été marquée par une domination militaire, économique et culturelle de l’occident. Depuis la période coloniale, le Mali a été  soumis à un système agricole importé et imposé qui semble montrer ses limites aujourd’hui.  Depuis la fin de la colonisation et de la guerre froide et surtout depuis l’essor des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication(NTIC), un nouveau monde est né avec l’aspect d’un village planétaire ayant ses enjeux, ses règles et ses codes. Les concepts de mondialisation et de globalisation apparaissent. La mondialisation a d’avantage fait de l’agriculture malienne un moyen d’occidentalisation du Mali.

Pour le Mali, l’histoire se répètera-t-elle avec Internet ? Les TIC sont –elles une chance réelle pour la jeunesse malienne de promouvoir leurs agricultures, leurs vrais visages ? Internet, un danger pour la jeunesse malienne ou une chance d’ouverture sur le Mali afin d’apporter positivement sa contribution à l’essor du développement de son agriculture et atteindre  son autosuffisance alimentaire.

Internet fait aujourd’hui partie du quotidien de nombreux jeunes maliens à travers le monde. Si les jeunes ruraux du Mali dans leur grande majorité ne connaissent pas les perversions ou les joies du Net, les jeunes en milieu urbain en font leur passe-temps favori. Selon des enquêtes les jeunes maliens s’adonneraient sur le Net à des jeux vidéo, à des échanges d’amour, à la recherche de correspondants et de visas pour émigrer. Les enquêtes nous apprennent aussi que certains étudiants utilisent aussi le Net pour la recherche de bourses d’étude et de ressources didactiques.

A la fois moyen de communication et base documentaire, internet peut aussi être un outil d’apprentissage important. Face aux manques d’ingénieurs agronomes et de projets de développement de l’agriculture, les TIC peuvent jouer un rôle important dans la formation des jeunes ruraux et agronomes à l’amélioration de la productivité agricole, en particulier des jeunes agriculteurs.

Plusieurs projets de coopération internationale ont été menés dans ce sens. Toutefois, de nombreux projets dans ce domaine. Ainsi le projet dUniversité Virtuelle Africaine (U.V.A) mis en place en 1997 par la Banque Mondiale. Conçue pour venir en aide aux jeunes universités publiques africaines comme le cas a été mis en en œuvre à l’Ecole Nationale d’Ingénieurs (ENI) et l’IPR de Katibougou (uniquement se forment des agronomes en élevage et agriculture) pour «former une nouvelle génération de scientifiques, d’ingénieurs agronomes, de techniciens, d’hommes d’affaire et de professionnels de divers horizons capables d’amorcer et de soutenir le développement économique de leur pays ».

Pour attirer la jeunesse malienne à aller à l’agriculture avec les TIC, l’association des professionnels du secteur agricole utilisateurs des TIC pour la promotion des filières en collaboration avec l’Institut International pour la Communication et le Développement «IICD» basé à la Haye a organisé le 18 septembre 2010 la troisième et dernière édition du Forum National sur l’Agriculture et les TIC. Cette troisième édition du forum national avait pour thème «L’amélioration des techniques de production et de transformation des produits agricoles maliens, à travers les outils TIC, pour un meilleur accès aux marchés national et étranger». L’ex Pm Dr Cheick Modibo DIARRA a fait une présentation sur «Les expériences et les éléments de perspectives concernant le potentiel des TIC dans la promotion du Secteur Agricole au Mali et en Afrique». La plupart des jeunes présents à ce forum ont reconnu à sa juste valeur l’importance des TIC dans l’agriculture Malienne.

Pour le jeune Lamine Coulibaly chargé de communication d’une organisation paysanne (Coordination des organisations Paysannes) suite à ce forum «nous avons décidé d’amener nos jeunes filles et garçons intéressés par les TIC à créer leurs propres blogs pour favoriser les productions afin de leur faire une ouverture dans le monde d’affaire agricole.

Le réseau Sènèkunnafonibulon en partenariat avec ICC0 a organisé le 9 janvier  2013 à son siège une journée porte ouverte au cours de laquelle un débat thématique a été animé. Les objectifs visés étaient d’améliorer la visibilité du Réseau, en amenant les autorités et les partenaires au développement à connaître d’avantage le Réseau, à l’appuyer dans ses initiatives et à comprendre la place de la transformation des produits agricoles dans le développement économique durable équitable du pays à travers l’utilisation des TIC.

Les TIC offrent aux jeunes maliens des villes et des villages des possibilités de relations interactives. Ce n’est pas l’ordinateur, le téléphone ou internet qui enrichira l’apprentissage des jeunes maliens mais la manière dont ils s’approprieront ces outils. Notre Web, notre Net sera un reflet de notre vie et de notre vision du monde ou ne sera pas notre.

Quelques impressions des jeunes maliens ruraux qui utilisent TIC dans le développement de leur agricole

Ces témoignages montrent comment un meilleur accès à la technologie peut avoir un impact direct sur la vie quotidienne et le développement économique des jeunes maliens agriculteurs.

Mamadou Traoré 28 ans maraichère à Bougouni

Après mes études en maitrise en droit public, j’ai tenté plusieurs fois de faire le concours de la magistrature mais rien à faire. Donc, comme on le dit dans l’adage, la terre ne ment pas. J’ai décidé d’aller faire du maraichage dans mon village, à 135 km de Bamako. L’internet est mon fidèle compagnon car grâce à la téléphonie et mon ordinateur, chaque soir je me connecte pour chercher des informations sur les légumes. Au Mali comme dans d’autres pays d’Afrique, les agriculteurs n’ont aucun moyen de connaître le prix réel de leurs productions sur le marché agricole. Les infrastructures y sont particulièrement défaillantes et que ce soit pour la culture du riz, du maïs, du soja ou des arachides, les producteurs doivent se fier aux prix annoncés par les grossistes qui sillonnent le pays à bicyclette, à moto. Le plus souvent, l’agriculteur vend ses produits à très bas prix à des grossistes  qui s’en vont faire de gros bénéfices. Moi je reste à la maison pour connaitre les prix sur les sites des producteurs et des ONG pour être au même niveau d’information. Et aussi je propose mes produits à des amis et proches, en leur disant pour cette semaine j’ai des tomates, oignons, pomme de terre et que s’ils en veulent qu’ils me le disent. Vous voyez donc je ne prends pas le risque d’aller au marché ; un coup de fil ou un mail suffit.

Mlle Safiatou Diarra 25 ans à Niono

L’agriculture malienne peut enfin bénéficier des nouvelles technologies grâce aux sociétés Orange et Malitel qui donnent accès à des informations sur le marché agricole par l’intermédiaire de mon téléphone portable. Mon téléphone permet d’améliorer considérablement mes revenus et contribue à assainir mon marché. Avec le système mis en place avec le réseau Sènèkunnafonibulon, nous les agriculteurs avons de réels moyens pour négocier, et vendre sur de nouveaux marchés qui sont mieux gérés à travers nos téléphones les prix de ventes de nos cultures. Avec un abonnement de seulement 1000 FCFA par mois, l’agriculteur peut recevoir jusqu’à dix mises à jour de prix par semaine. Il sait exactement ce que vaut sa production mais il sait également où il doit la vendre pour en tirer le meilleur prix. Grâce à ce système, il peut gagner de 20 à 40 % en plus ; en augmentant ses revenus, il améliore considérablement sa qualité de vie et celle de sa famille. Le réseau nous fournit des indications sur les prix mais également sur les stocks présents dans les différentes villes, sur la météorologie et permet de localiser les acheteurs. Une application permet d’interroger, de suivre et de surveiller les activités ayant cours entre les fournisseurs et les différents stocks.

source;Bokoum Abdoul Momini